Un sentiment d'insécurité disproportionné par rapport aux faits
L'étude qualitative a été menée auprès de groupes de jeunes adultes, garçons et filles aux profils socioéconomiques contrastés (CSP-, CSP intermédiaire, CSP+), complétés par des entretiens avec des représentants des forces de sécurité intérieure. Elle livre un premier constat d'importance : la mention du mot « insécurité » évoque spontanément, et de manière quasi systématique, les transports en commun. Avant la rue, avant les espaces publics ouverts, ce sont les réseaux de mobilité collective qui concentrent la représentation du danger.
Ce constat mérite d'être mis en perspective. Les policiers interrogés dans le cadre de la même étude le soulignent explicitement : « Sur le fond, il y a moins de problèmes dans les transports en commun que dans beaucoup d'autres endroits dans la ville ». L'écart entre la perception et la réalité statistique est considérable. Il signale que la réponse à apporter ne peut se limiter à des dispositifs de sécurisation physique : elle implique une action sur les représentations, les récits collectifs et la qualité de l'expérience vécue dans les réseaux.
Par ailleurs, la nature même de l'insécurité ressentie diffère de ce que l'on pourrait anticiper. Elle est moins liée à la crainte d'actes graves — agressions — qu'à l'imprévisibilité des comportements et à la dégradation des interactions sociales ordinaires. C'est l'absence de cadre interactionnel partagé et la disparition des codes implicites de cohabitation entre usagers qui génèrent le malaise.


