Canicule : les transports publics peuvent-ils faire partie de la solution ?
S’il y a bien eu la Coupe du Monde de football, plusieurs cartons au box-office cinéma et une éclipse solaire visible depuis une partie de l’Europe, l’été 2026 restera dans les mémoires comme celui des fortes chaleurs. À en croire le service météorologique européen Copernicus, le mois d’août 2026 a ainsi été le mois le plus chaud jamais enregistré dans le monde, ex aequo avec août 2023. Les canicules européennes de 2026 se sont d’abord démarquées par leur précocité : dès le mois de mai, des températures supérieures de plus de 11°C aux normales de saison ont été enregistrées en France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Allemagne. Ces vagues de chaleur se sont donc autant distinguées par leur extension géographique que par leur durée. En France, on a mesuré une température moyenne de 24°C pour l’été tout entier (mois de juin, juillet, et août), éclipsant largement le précédent record, 23,1°C, datant de l’été 2003. Et le mois de juillet a tout simplement été le mois le plus chaud depuis le début des mesures par Météo-France, en 1900. Les premiers bilans de Santé publique France confirment qu’un « excès de mortalité » est observé, mais son ampleur mettra plusieurs mois à être quantifiée. Si, comme beaucoup de scientifiques l’ont annoncé cet été, ces températures exceptionnelles doivent devenir la norme, est-ce que les transports en commun peuvent nous permettre de mieux faire face à ces fortes chaleurs ?
« Le transport public est un des meilleurs moyens de lutter contre le réchauffement climatique, analyse David O’Neill, Directeur Marketing et Prospective du Groupe Keolis, mais ça n’enlève rien au sujet de l’adaptation, au contraire ! » C’est pour cette raison que Keolis a réalisé une première étude sur l’impact de la canicule sur les choix de mobilité, menée auprès de 1025 Français au mois de juillet dernier. Le premier enseignement à tirer, c’est qu’entre la meilleure solution à long terme et les meilleures façons de s’adapter, à court terme, il y a encore un monde : 77 % des sondés disposent de la climatisation dans leur voiture, contre 36% dans leur logement et 38 % sur leur lieu de travail. C’est ironique, puisque la voiture individuelle est le mode de transport du quotidien qui contribue le plus au réchauffement climatique, mais c’est la réalité avec laquelle il faut composer. Ainsi, plusieurs indicateurs montrent que c’est bien l’automobile qui, à l’été 2026 en France, a le plus « profité » des fortes chaleurs : 27 % des sondés ont remplacé des trajets en transports en commun par la voiture ; 20 % des conducteurs d’automobile ont eu recours à leur véhicule plus souvent ; et seulement 3 % ont renoncé à ce mode de transport. Pour profiter de la climatisation, ou d’une solution souple pour fuir la chaleur ? Chacun aura sa réponse, même si le tableau dressé n'est pas si sombre…
En effet, le premier effet des fortes chaleurs observé lors de l’étude, ce n’est pas tant un regain d’intérêt pour la voiture individuelle que la démobilité : David O’Neill constate ainsi une baisse des validations de près de 25 % sur des réseaux exploités par Keolis en France, les jours de grande canicule. Pour en revenir à l’étude, si 28 % des sondés seulement affirment ne pas avoir modifié leurs déplacements, ils sont 43 % à avoir annulé des déplacements et 40 % à en avoir décalé pour éviter les heures de forte chaleur. Ce qui est intéressant, avec cette même étude, c’est de s’intéresser aux types de déplacement auxquels les interrogés ont renoncé à cause de la chaleur : 78 % ont renoncé à ceux qui concernent les loisirs, le sport, les sorties ; 73 % à des courses ou des achats ; 65 % à des visites à la famille ou aux amis ; contre 25 % à des rendez-vous médicaux ou 25 % aux trajets vers le lieu de travail ou d’études. Il n’est pas difficile de comprendre les risques psycho-sociaux que peut faire peser cette démobilité, si autant de gens renoncent à des activités qui contribuent directement à leur intégration dans leur communauté en particulier ou dans la société en général, ou à des activités qui leur permettent de relâcher la pression et de penser à autre chose. Si la sédentarité et l’isolement sont considérés par beaucoup comme les maux de l’époque, attention à ce que les fortes chaleurs ne deviennent pas le multiplicateur de trop…





