Comment la mobilité renforce l’attractivité d’un territoire

Territoire

Immobilier et mobilité : comment la mobilité renforce l’attractivité d’un territoire ?

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Du 9 au 13 mars 2026 se tenait, à Cannes, le Marché International des Professionnels de l'Immobilier ou MIPIM, le plus grand salon de l'immobilier en Europe. À cette occasion, Pulse a interrogé l'un des 4 experts engagés auprès du MIPIM : Jalil Benabdillah, Vice-Président de La Région Occitanie en charge de l'Économie, l'Emploi, l'Innovation et la Réindustrialisation, mais aussi Président du CNER, la fédération nationale des agences de développement. Chef d'entreprise avant d'être responsable politique, il réfléchit avec nous à l'impact de nouvelles solutions de mobilité sur l'attractivité d'un territoire.

Il n’y a pas un territoire, aujourd’hui, qui puisse se passer d’une mobilité durable et raisonnée

Pulse : Puisque nous nous parlons à votre retour du MIPIM, notre première question est simple : est-ce que le sujet des mobilités y est un sujet important ?

Jalil Benabdillah : De quoi parle-t-on au MIPIM ? D'aménagement et d'investissement immobilier. C'est le cœur du salon. Et bien, il n'y a pas d'aménagement, et donc pas d'investissement immobilier, si le territoire en question n'est pas accessible, s'il n'y a pas de solutions de mobilité. Lorsqu'on parle de développement économique, qu'on essaie de provoquer des externalités positives, de séduire des investisseurs français ou étrangers, la question de la mobilité est une des premières que l'on pose, en même temps que celles du foncier, du bassin d'emploi, du logement. Que le territoire soit accessible, que les solutions de mobilité soient pensées de manière intelligente, c'est un critère majeur. Tout ça explique qu'au MIPIM, tout le monde parlait d'infrastructures de transport, de gares, de transports en commun, de mobilités douces ou décarbonées. S'il veut permettre à des entreprises de s'installer en toute sérénité, pour leurs salariés comme pour leurs marchandises, il n'y a pas un territoire, aujourd'hui, qui puisse se passer de mobilité durable et raisonnée. 

Comment se pose concrètement la question de la mobilité, pour les agences membres du CNER qui cherchent à développer un territoire ?

Je dis souvent que les agences de développement économique sont des tiers de confiance, qui fluidifient les relations entre les élus, qui donnent les orientations, les acteurs économiques ou les entreprises, qui financent les projets, et la population. C'est en cela, que le rôle de ces agences est central. Après le volet purement financier et économique, le foncier, les bâtiments, se posent les questions de la formation, de l'hébergement, du transport. Tout de suite ! À Toulouse, par exemple, on espère que la nouvelle ligne de métro va désengorger les routes et tout le monde en parle, à propos de tous les projets menés dans l'agglomération toulousaine. Quand les différentes agences parlent entre elles, elles échangent justement sur les expériences réussies en termes d'aménagement du territoire, en tenant compte des questions de mobilité. C'est un enjeu environnemental, écologique, économique, et franchement prioritaire, donc.

Le débat public oppose souvent les urbains, qui auraient déjà abandonné l'automobile, et les ruraux, ou habitants du périurbain, au contraire attachés à la voiture. Vous qui travaillez avec des agences implantées dans des territoires très hétérogènes, constatez-vous cette polarisation ?

Pour moi, votre question en pose deux. D'abord, celle de la conscience environnementale et économique des gens, qu'ils vivent en zone urbaine, périurbaine ou rurale. Aujourd'hui, il me semble que toutes les catégories sont sensibilisées à ces questions-là, et les habitants de la ruralité ou du périurbain y sont tout aussi sensibles que les fameux “bobos urbains” qu'on leur oppose souvent. Ensuite, l'autre question que vous posez est celle des aménagements ou des solutions de mobilité qui ne s'adressent pas à toutes les populations de manière équitable. On a souvent tendance à privilégier les zones urbaines quand il s'agit d'infrastructures de transport, mais aussi culturelles ou sportives. En ville, on dispose d'une véritable offre de transports alors qu'à la campagne, on n'a pas d'autre choix que de prendre sa voiture pour travailler, faire des courses, emmener les enfants à l'école ou aller voir le médecin. Je n'entends personne, même en zone rurale, me dire qu'il ne s’intéresse pas à l'écologie… Mais il faut que les aménagements puissent suivre la volonté de changement des citoyens, en ville comme à la campagne.

L'ouverture d'une ligne de bus, de tramway, de métro est un bon moyen de valoriser un territoire, d'y développer l'activité ?

L'ouverture d'une nouvelle desserte a tendance à valoriser l'immobilier de centre-ville, puisque celui-ci est naturellement au centre des réseaux de transport, mais les zones périphériques verront leur valeur grimper à mesure qu'elles sont mieux desservies. Parce que beaucoup de gens voudraient ne pas prendre la voiture, ne pas avoir à se garer… Je suis assez vieux pour me rappeler d'une époque où il fallait convaincre les gens de laisser leur voiture au garage alors oui, il y a eu une vraie prise de conscience, beaucoup sont prêts à basculer. Tout le monde a pris conscience qu'il faut préserver l'environnement, que l'on a abîmé, mais aussi réduire le stress lié à la voiture, aux bouchons… D'autant qu'il s'agit aussi de préserver le pouvoir d'achat des gens !

N'est-ce pas difficile, ou même contre-intuitif, de réunir des agences de développement qui, par définition, défendent chacune leur pré carré ?

C'est peut-être l'impression que ça donne mais nous avons au contraire un objectif commun, qui est de créer de la valeur, de la richesse, des emplois durables, dans tous les territoires de France métropolitaine et d'outre-mer. Il y a de la concurrence entre territoires, mais celle-ci doit être loyale et créer de l'émulation. Nos agences de développement ont intérêt à coopérer pour orienter les projets vers les territoires les plus adaptés, renforcer les écosystèmes, promouvoir la France à l'international, notamment. Parce que je préfère qu'un projet parte dans la région ou le département voisin plutôt qu'en Chine, n'est-ce pas ? Nous, on est pour la coopétition, un concept qui désigne la coopération des compétiteurs, travailler ensemble pour tout ce qui nous unit. On mutualise les expériences, on partage les bonnes pratiques et on revient sur les échecs, on donne des outils communs pour renforcer l'efficacité économique de toutes nos agences.

Depuis votre arrivée en mars 2025, le CNER continue d'accueillir de nouvelles agences parmi ses membres, n'est-ce pas ? Comment expliquer ce succès ?

On salue d’abord le travail de mon prédécesseur tout en essayant de donner une nouvelle impulsion, mais c'est vrai que l'on est attractifs aujourd'hui, visibles, audibles. Le développement économique est un enjeu majeur de la période post-Covid, avec la transition écologique, numérique, industrielle, et les territoires en ont pris conscience. Il faut professionnaliser les démarches, et le CNER propose des expériences, des expertises, des benchmarks, des formations pour les développeurs économiques, mais aussi des relais pour qu'un territoire, même petit, même éloigné de la métropole, puisse exister dans le concert de l'attractivité, et du développement économique. Fédérer ces territoires, et leurs agences, leur donne une visibilité, une crédibilité.